Stephanus art gallery

Collages and photos

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  • admin - Monday 21 May 2018 10:16
    Cette nuit, j’ai repensé à ce collage dont la signification m’échappait. J’ai cherché un titre et c’est le mot « enquête » qui m’est venu. De là, il a m’a été facile de comprendre ce qui se jouait ici : le personnage en train de fouiller dans les décombres, c’est moi. J’essaie de retrouver des indices sur mes grands-parents dans une période marquée par les persécutions et la guerre. Cette tâche est quasi impossible à mener jusqu’au bout, tout a été enfoui à jamais, il me semble. Pourquoi cette recherche ? A cause du silence de ma mère. Dès que j’ai su mon origine juive, j’ai voulu m’y rattacher – mais pas dans son aspect religieux – et m’ancrer dans cette filiation que les Allemands avaient voulu éradiquer. Mon « enquête » va sans doute s’arrêter là faute de documents russes du 19e s. dans la Moldavie actuelle. Mais je suis tout de même parvenu à éclairer quelques points obscurs de l’histoire familiale, comme le sort de mon oncle Léo fusillé comme espion à Moscou en 1938 et la description du transport des juifs de Hanovre à Riga le 15 décembre 1941 et ce qui s’était passé auparavant dans les « Judenhäuser » où ma grand-mère - qui faisait partie du convoi - avait été assignée à résidence.
    Pourquoi ce regard vers le passé ? Parce que le passé continue à vivre en moi. Je le vois bien dans mes collages. Mais cela ne m’empêche nullement de vivre dans le présent, ni d’être heureux, que l’on se rassure. Je le fais pour mettre de nouvelles pièces au puzzle de mon histoire.
  • admin - Sunday 20 May 2018 10:16
    Icare ? La chute des anges rebelles ? Je ne sais pas, car je n’y ai pas pensé pendant l’élaboration. J’ai commencé par l’homme qui tombe et je me suis concentré sur le décor. C’est à la fin que j’ai ajouté l’oiseau blanc – un contrepoint au corps qui dévisse. Le deuxième personnage est plus ambigu : il semble tenter un mouvement de bras pour essayer de voler, mais cela a l’air maladroit et sans doute vain. Il est le négatif de l’oiseau blanc. Il me fait penser à un des rêves que j’ai faits il y a des décennies et où je suis monté dans le grenier d’une maison dont le plancher n’existait pas et où je me suis mis à marcher sur une poutre. J’ai perdu l’équilibre et suis tombé. Réveil en sursaut. Reprenant ce rêve en thérapie, j’ai pu continuer le rêve les yeux fermés et au lieu de tomber et de mourir je me suis mis à flotter. Il me semble que depuis cette séance de thérapie, je n’ai plus jamais fait de cauchemar. Ce personnage maladroit me fait penser à cette possibilité d’une issue heureuse. L’autre, qui est plus lourd, me paraît moins apte à s’en sortir. De toute façon, l’oiseau ne connaît pas ces problèmes, il est le maître des airs, loin au-dessus des ténèbres dantesques qui ressemblent à un paysage industriel dévasté, est notre domaine à tous dorénavant.
  • admin - Monday 14 May 2018 22:25
    ... who was shot as a spy in 1938 in Moscow and rehabilitated in the 50ies.
  • admin - Saturday 12 May 2018 09:37
    "Là Léviathan, la plus grande des créatures vivantes, étendu sur l’abîme comme un promontoire, dort ou nage, et semble une terre immobile ; ses ouïes attirent en dedans, et ses naseaux rejettent au-dehors une mer." (Milton)
  • admin - Saturday 12 May 2018 09:00
    Ce collage porte la marque de ma recherche récente concernant ma grand-mère maternelle, déportée de Hanovre le 15.1.1941 à Riga. N’ayant quasiment pas de documents ou d’informations sur elle, j’ai lu le livre de Sherman-Zander, Hilde : Zwischen Tag und Dunkel: Mädchenjahre im Ghetto vu qu’elle est partie à Riga le lendemain. Ce que j’ai lu dans son récit m’a sidéré. Je ne comprends pas comment des êtres ordinaires ont pu devenir des bourreaux cruels, avides, veules et exécutants d’une entreprise de mort industrielle. Ce qui s’est passé à l’Est dépasse l’imagination la plus noire et imprègne sans doute encore la mémoire des peuples qui ont subi cet enfer.
  • admin - Friday 4 May 2018 16:15
    Un bon tableau, fidèle et égal au rêve qui l’a enfanté, doit être produit comme un monde. De même que la création, telle que nous la voyons, est le résultat de plusieurs créations dont les précédentes sont toujours complétées par la suivante ; ainsi un tableau conduit harmonieusement consiste en une série de tableaux superposés, chaque nouvelle couche donnant au rêve plus de réalité et le faisant monter d’un degré vers la perfection. (Baudelaire, Salon de 1859)
  • admin - Friday 4 May 2018 16:10
    ...j'avais compris depuis longtemps que le monde était était un endroit épouvantable pour un petit enfant... (I.Kertesz: Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas)
  • admin - Tuesday 24 April 2018 19:46
    « Exile » a été profondément remanié. De l’ancien collage ne subsistent que des éléments de paysage. J’ai été impressionné en lisant, la veille, la fuite du Dalai Lama en Inde. J’ai l’impression que cette descente depuis les montagnes vers les plaines indiennes par des chemins abrupts se reflète un peu dans ce collage.
  • admin - Tuesday 24 April 2018 19:45
    Like a Bird » provient aussi de cette valise. Je n’ai fait qu’y ajouter l’homme qui s’envole, ce qui m’a permis de jouer encore davantage sur les oppositions visuelles.
  • admin - Tuesday 24 April 2018 19:30
    The phantom of my mother
    This collage came by chance, there is no premeditation. I started with a grotesque character wearing a pink tutu who exhibited himself half-naked in a city. Cutting the back side of this photo and after returning it, there remained only a leg, an arm and a piece of tutu. In another picture, I had already cut out and glued a dog's head emerging from a cauldron over a fire. It is on this picture that I pasted this emaciated body whose misshapen head floats randomly in the air.
    Once the "body" pasted, I immediately thought of my mother, so I arranged the head so that it vaguely resembled to my phantasm.
    This phantom reminds me of my mother when she was over 99, at the end of her life. She was completely emaciated in her shirt of the nursing home, she looked like escaping gravity. Other elements made me think of her, as the wooden house of a village in Bessarabia where my maternal grandparents come from; the ruins of the two world wars she lived and the pink tutu of her desire to impeccable and her sometimes a little kitschy taste. Her attitude in this collage referred me to her optimism, courage and vitality, in spite of all. Finally, of course, the collage informs on my own attitude towards her, a mixture of tenderness and mockery. This is not a portrait of my mother old, but that of her ghost that dwells in my memory. And interestingly, this phantom haunts me more than the memory of my father.
    Le fantôme de ma mère
    Ce collage est venu comme par hasard, il n’est nullement prémédité. Je suis parti d’un personnage grotesque vêtu d’un tutu rose qui s’exhibait dans une ville. A force de découper l’envers de cette photo, une fois retourné, il n’en restait plus que jambe, bras et morceau de tutu. Sur une autre photo, j’avais déjà collé une tête de chien qui émerge d’un chaudron au-dessus d’un feu. C’est sur cette image que j’ai collé ce corps décharné dont la tête difforme et vieille se promène détachée dans l’air.
    Une fois le « corps » collé, j’ai immédiatement pensé à ma mère et j’ai donc arrangé la tête de manière vaguement ressemblante à mon fantasme.
    Ce fantôme me fait penser à ma mère en fin de vie, quand elle avait 99 ans passés. Elle était complètement décharnée dans sa chemise de maison de retraite médicalisée, comme échappant à la pesanteur. D’autres éléments m’ont fait penser à elle, comme la maison en bois à un village de Bessarabie dont sont issus mes grands-parents maternels ; les ruines aux deux guerres mondiales qu’elle a vécues et le tutu rose à son désir d’être impeccable et son goût parfois un peu kitsch. Son attitude dans ce collage me renvoie à son optimisme, à son courage et à sa vitalité, malgré tout. Enfin, bien sûr, ce collage me renseigne sur ma propre attitude envers elle, un mélange de tendresse et de moquerie. Ce n’est pas un portrait de ma mère vieille, mais celui de son fantôme qui habite ma mémoire. Et curieusement, ce fantôme me hante davantage que le souvenir de mon père.